Carnet de notes

J'aime l'idée succincte du carnet :
carnets de croquis, de notes ou de voyages.
Ils sont mes instantanés,
mes brouillons de mémoire,
croqués à la va-vite,
comme des empreintes de pas.

Je suis lié aux lieux que j'habite,
passés ou présents.
Ce sont mes paysages intérieurs,
ils me nourrissent.
Je respire leur lumière
comme on se baigne en mer.

Certains lieux me sont privilégiés.
La Bretagne à coup sûr
est le premier d'entre eux.
Elle est ma terre d'adoption,
ma racine profonde.
L'Éthiopie en est l'envers,
l'exact contraire.

Sans cesse, je reprends, racle,
superpose, efface.
Je considère qu'une peinture est finie
au moment où ce qu'elle donne à voir
(lumières, matières ou expression)
correspond exactement à ce que
je cherche à montrer.

C'est l'écriture qui m'a mené à la peinture.
Elle a été l'élan initial, la source intime.
Aujourd'hui, la vague s'est inversée.
C'est la peinture qui m'offre
cette sensorialité physique
du geste et de la matière dont j'ai besoin
et que l'écriture ne peut me donner.

Hier, je triturais les mots,
les retournais dans tous les sens
et les grattais jusqu'à l'os.
Aujourd'hui, je malaxe des pâtes,
je gratte, j'étale, j'écrabouille
et déchire de vieux papiers
que je colle un peu partout
comme un gamin tout excité.

Celui qui peint est accaparé tout entier
dans ce qu'il veut rendre visible,
extérioriser.
Il en oublie le reste,
le pourquoi, le pour qui.
Il vit au bout de sa main.
C'est son œil qui pense.

Le poète, au contraire,
concentre son attention
sur la perception intérieure
de ce qui l'entoure,
pour ensuite la traduire
et la rendre lisible aux autres.
Il vit le monde de l'intérieur.

Les couleurs ne sont
que les sonorités affectives
de nos sentiments.
L'émotion naît du contraste
de leur contraire.

Salir la couleur primaire
revient à fuir la couleur.
C'est un compromis
pour accepter
la contradiction.
Pour l'atténuer.
On ne peut vivre sans cesse
dans la contradiction de soi.