QUELQUES REPÈRES CHROMATIQUES.

Je suis né à Paris en 1955. À 25 ans, ma carrière universitaire semble tracée : études en Droit puis Sociologie et pour finir Urbanisme. Chargé de mission, j'ai la chance de partir plusieurs mois en Autriche. Révélation et premier choc artistique.

Je découvre à Vienne les peintures de Klimt et Schiele, l'aventure artistique du Bauhaus, Klee et Kandinsky, les expressionnistes allemands.
J'y rencontre le peintre Hundertwasser et reçois de lui ma première grande leçon d'art. Peut-être le déclic.

Retour à Paris. Je rencontre celui qui deviendra mon maître, Jean Pons, peintre et lithographe. Et avec lui, c'est toute la peinture abstraite des années 50 qui me submerge : De Staël, Lanskoy, Manessier, Bazaine, Lapicque... La fascination pour ces peintres de l'École de Paris ne me quittera jamais.

En 1982, j'abandonne définitivement ma carrière universitaire.

Le choix est fait. Je deviens apprenti lithographe chez Pons, rue des Lions St-Paul et contracte le virus de l'imprimerie d'art. J'explore les autres techniques :
la taille-douce avec Anne-Marie Dufour, la gravure sur bois, et finalement la typographie avec Jacques Vernière (ateliers de la ville de Paris) et Robert Niclaus (atelier Gerbaud).

En achetant presses et matériel, je monte en 1985 mon atelier dans le marais : l'atelier de la Cerisaie, et crée ma maison d'édition :
JLL Brocéliande éditions (déjà la Bretagne !).

Naissance de la revue Territoires (poésie et gravure) avec José San Martin, Ramon Safon et Alan Caroff (8 numéros publiés). Je reçois en 1986 le prix Guy Lévis Mano. Sortiront de mes presses des éditions originales de Michel Butor, Guillevic, Ramon Safon, Hamid Tibouchi. Illustrées de gravures de Jacques Pasquier, Jean Miotte, Louis-Marie Catta, Julius Baltazar, Guido Llinas, José San Martin, de calligraphies d'Hassan Massoudy, de photographies de Djamel Farès.

Pourtant, en 1992, le choix est mûrement réfléchi. Je quitte Paris avec Anita, ma compagne.
Gwendal a 14 ans, Théo 3 ans. Pour destination, la Bretagne.
Je m'installe à Guérande et ses marais salants. Et pose là mes presses, mes casses de caractères, mes gouges et mes pinceaux.

D'un marais à l'autre, le pas est franchi, le choix définitif.
S'annonce alors une orientation nouvelle : ateliers artistiques en milieu scolaire, lycées professionnels, maisons de la Culture, centres sociaux, formation et réinsertion de jeunes, maisons d'arrêt, IME, cliniques psychiatriques. La liste est longue.
Artiste résident entre 1995 et 2005 à la maison Louis Guilloux de St-Brieuc. (lien : CREAL, 13, rue Lavoisier, St-Brieuc).
Ateliers d'écriture depuis 1995 à l'Université permanente de Nantes. Plusieurs recueils collectifs édités ( lien). Amitiés avec le peintre et sculpteur Jules Paressant (articles et catalogue de la rétrospective à Guérande puis à Brest, 1998).
Classes artistiques en Bretagne : classe Peinture-gravure sur les traces de Gauguin à Pont-Aven - classe Écriture et arts du Livre - classe Contes et légendes à Brocéliande et Carnac (lien).
Classes Patrimoine à Guérande dans la cité médiévale et les marais salants. (lien).

La Bretagne est devenue au fil des années mon ancrage. Ses lumières, ses granites, ses îles et sa forêt légendaire sont ma respiration vitale.
Je me nourris de tout cela. Au quotidien.
Puis est venu mon premier voyage en Éthiopie, en 2002. Coup de foudre pour ce pays d'Afrique qui ne ressemble à aucun autre. De par son histoire, sa culture, ses gens.
En adoptant Zerihun et Sénaït, mes deux derniers enfants, c'est l'Éthiopie que j'ai adoptée. Choc culturel, choc artistique aussi. Et cette fascination de visages oblongs aux yeux grand ouverts qui habitent mes rêves et inspirent mes portraits.

Depuis 2005, la peinture m'accapare. Je cherche, je fouille, j'expérimente. Je détruis, je recommence. Jamais satisfait tout en restant fidèle. Fidèle à mes premiers amours : Vienne avec Gustav Klimt et Egon Schiele, le Bauhaus de Vassili Kandinsky et Paul Klee. Paris et l'abstraction lyrique de Nicolas De Staël. La Bretagne et Charles Lapicque.
Avec une double inspiration : d'un côté, mes recherches sur les lumières et les couleurs de la mer (de la transparence de l'aquarelle aux épaisseurs de l'huile); de l'autre, mes portraits expressionnistes en techniques mixtes et collages, et mes pastels inspirés de croquis d'Éthiopie.

En janvier et février 2012, une grande exposition aux anciens chantiers navals de Nantes (locaux de l'Université, Île de Nantes) a montré plus de soixante de mes œuvres (huiles, pastels, aquarelles, gouaches et collages) qui traduisent ma diversité d'inspirations et de techniques expérimentées au cours de ces quinze dernières années.

Été 2012, nouveau voyage en Éthiopie, nouveau choc sensoriel. Nous repartons avec Sénaït et Zerihun. Théo et Charlotte, sa compagne, sont aussi du voyage. Long séjour à Addis Abeba, cette ville fourmilière qui pourtant nous est devenue familière.

Nous prenons ensuite l'ancienne piste qui relie Addis Abeba à Djibouti, en suivant la ligne de chemin de fer aujourd'hui désaffectée. D'Aouash jusqu'à Dire Daoua. Puis montons vers la vieille cité d'Harar, aux portes du désert.

Ce quatrième voyage revêt pour moi une signification affective particulière : Harar, la ville où vécut Arthur Rimbaud et qui inspira Hugo Pratt pour Corto Maltese. Ils furent les héros de mon adolescence.
De ce voyage à Harar, je ramène nombre de croquis, dessinés sur le vif : la cité fortifiée, les ruelles aux maisons peintes et la foule bigarrée des marchés aux épices et au khat.

A partir de mes carnets, je réalise au retour de grands pastels aux couleurs chaudes sur fond de papier du Népal. A la fois des scènes de marchés, des échoppes colorées et des silhouettes d'éthiopiennes aperçues fugitivement dans les rues de la cité.

C'est cet élan qui me donne à nouveau l'envie d'exposer et de chercher des lieux atypiques, en dehors du marché de l'art. En janvier-février 2014, j'expose au Parvis de Saint-Nazaire mes portraits, pastels et dessins d'Éthiopie avec la projection-débat lors du vernissage de films documentaires sur l'Éthiopie de Jean-Louis Saporito et la rencontre avec des lycéens de St-Nazaire.
En janvier-février 2015, j'expose dans un ancien cloître à la galerie Saint-Cyr à Rennes, j'y présente une quarantaine de mes tableaux et dessins. Mes pastels d'Harar mais aussi mes dernières grandes toiles de Bretagne. Visite guidée de l'exposition avec des écoles du quartier.

En mai 2015, dans l'ancienne gare d'Anjou à Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes, j'y montre mes derniers petits formats et mes carnets de route de Bretagne et d'Éthiopie. Dessins au crayon gras, au feutre, à l'encre de Chine, au brou de noix ou à l'aquarelle, ils montrent ce plaisir très personnel que j'ai pour le croquis de paysage et les carnets de voyage comme traces émotionnelles d'un lieu et d'un moment.

Mais voilà qu'un autre départ, mûri depuis quelques années, se réalise en 2017. Après vingt-quatre ans passés à Guérande, aux portes de cette cité médiévale où ont grandi avec bonheur mes enfants, malgré le ressourcement essentiel qu'a été pour moi ce territoire naturel des marais salants, Anita et moi quittons Guérande en février 2017.

Choix longuement décidé d'un nouveau port d'ancrage : Douarnenez, la terre de l'île, à la pointe du Finistère. Pen ar Bed, dit-on ici, le bout du monde. Et la mer d'Iroise partout pour horizon. Là où les lumières sont plus belles qu'ailleurs. Là où tout finit et tout commence.

Nouveau lieu, nouvelle vie, autre ressourcement donc. Je sais aujourd'hui que les empreintes laissées derrière soi ne valent que pour regarder devant. Tout départ est un retour vers l'essentiel.